En 1847, alors que l’anesthésie à l’éther venait à peine d’être démontrée, le chirurgien Nikolaï Pirogov l’utilisa déjà sur le front du Caucase. Il opéra ainsi des blessés de guerre, y compris des prisonniers ennemis, malgré des réserves d’éther limitées.
Avant l’anesthésie, la chirurgie militaire reposait surtout sur la rapidité, la contention et la résistance du patient. Pirogov observa méthodiquement les effets de l’analgésie à l’éther en conditions de guerre, notamment lors d’amputations et d’extractions de projectiles.

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Quand je regarde de vieux films d’archives, j’ai souvent cette impression que c'était mieux avant pour plein de choses. Par exemple, quand j’entends un enfant s’exprimer, la maturité, le vocabulaire, la construction des phrases, la façon d’organiser une idée… Je me dis qu’on a beaucoup perdu.
Les archives ne montrent pas forcément des enfants représentatifs. La comparaison est peut-être imparfaite.
Mais ce biais n’efface pas tout. J’ai quand même l’impression qu’il y a eu une vraie dégradation sur certains points : vocabulaire actif plus pauvre, phrases plus courtes, culture historique commune plus fragile, moindre habitude de lire longtemps, plus grande difficulté à construire une pensée suivie.
On peut penser qu’aujourd’hui l’accès à la culture et à la connaissance est infiniment meilleur. Mais l’accès ne suffit pas. Internet donne accès à presque tout, mais il ne donne pas forcément la méthode, les sources, la mémoire, la grammaire, le vocabulaire, la capacité d’argumenter ou l’habitude de l’effort intellectuel.
C’est peut-être ça le paradoxe, nous avons un accès immense à l’information, mais une formation intellectuelle plus fragile.
L’école ancienne avait beaucoup de défauts, mais elle construisait une armature : lecture, rédaction, récitation, grammaire, histoire, calcul, expression orale. Aujourd’hui, on a parfois l’impression d’avoir gagné l’accès, mais perdu une partie de cette armature.
Et c’est exactement le même risque avec l’IA, elle peut amplifier quelqu’un qui sait déjà penser, lire, écrire et juger. Mais elle peut aussi masquer le vide chez quelqu’un qui n’a pas les bases.
Je pense qu’un tas de choses sont objectivement meilleures aujourd’hui, parce que le monde, la technologie, la médecine et les techniques ont progressé. Mais cela ne veut pas dire que nous soyons meilleurs en tant que peuple.
Pour une espèce sociale comme la nôtre, les gens avec lesquels nous vivons au quotidien, même lorsqu’ils nous sont étrangers, ont un impact très important sur notre qualité de vie. Nous vivons les uns sur les autres, nous dépendons les uns des autres, nous partageons les mêmes espaces, les mêmes services, les mêmes infrastructures, les mêmes règles (normalement).
Dans ce contexte, l’autre a un pouvoir de nuisance énorme sur la communauté. Sa manière de parler, de se comporter, d’éduquer ses enfants, de respecter ou non les règles, de travailler correctement ou non, de prendre soin du commun ou de le dégrader, tout cela pèse directement sur la vie des autres.
C’est en ce sens que je pense qu’on peut dire, sans être simplement nostalgique, que “c’était mieux avant”. Pas parce que tout était mieux matériellement ou politiquement, mais parce que certains éléments du tissu social comme le langage, l'education, la tenue, le respect, la culture commune, les civilités, semblent s’être dégradés. Et ces éléments comptent finalement énormément dans la qualité réelle d’une société.
Cette évolution devrait pourtant nous alerter. Elle est insidieuse, lente, presque invisible à l’échelle d’un mois ou d’une année. On ne voit pas vraiment la différence entre hier et aujourd’hui. Mais quand on remonte plusieurs dizaines d’années en arrière, l’écart devient beaucoup plus difficile à nier.
Le problème, c’est que dès que cette question apparaît dans le débat, elle est souvent immédiatement mise à l'écart par des gens qui disent: “biais d’archive”, “nostalgie”, “illusion du passé”, ou pire, qui déplacent le sujet vers d’autres débats comme le droits des femmes, le confort matériel, la médecine, les libertés individuelles, etc. Ces progrès sont réels, mais ils ne répondent pas au point soulevé.
On peut avoir une médecine et un droit des femmes parfait et vivre en même temps dans une société pleine de gens irrespectueux, égoïste, incultes, agressifs et violents.
À force de refuser cette distinction, on finit par ne plus rien corriger. On reste dans notre médiocrité, on rationalise la descente, et chacun continue à expliquer que tout va bien parce que, sur d’autres critères, le monde a effectivement progressé. Mais ce n’est pas parce que tout n’était pas mieux avant qu’il faut refuser de voir ce qui l’était peut-être.
S'appuyer sur le progrès est aussi une méthode pour se rassurer et ne pas voir que le bateau coule, malgré toute sa technologie.
Il y a depuis des millénaires (non, je n’exagère pas, on a des textes en hiéroglyphes) quelques constantes :
c'était mieux avant
les jeunes sont des ignares qui ne respectent plus rien
les anciens bloquent l'accès à la fortune des jeunes...
« Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du cœur. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d’aujourd’hui ne seront pas capables de maintenir notre culture. » (poterie dans les ruines de Babylone – 300 avant J.C.)
« Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n’écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut pas être très loin. » (un prêtre égyptien – 2 000 avant J.C.)
« Je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir de notre pays si la jeunesse d’aujourd’hui prend le commandement demain parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, tout simplement terrible. » (Hésiode – 720 avant J.C.)
« Notre jeunesse aime le luxe, elle est mal élevée, elle se moque de l’autorité et n’a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants d’aujourd’hui sont des tyrans. Ils ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans une pièce, ils répondent à leurs parents et ils sont tout simplement mauvais. » (Socrate – 470-399 avant J.C.)
« Les jeunes d’aujourd’hui ne pensent qu’à eux. Ils n’ont pas de respect pour les parents ou la vieillesse. Ils sont impatients et refusent toute contrainte … Pour ce qui est des filles, elles n’ont aucune retenue, elles sont impudiques elles n’ont aucune distinction dans leur discours, leur comportement et leur habillement. » (Pierre l’Hermitte 1274)
fr.wikipedia.org/wiki/Lamentations_d'Ipou-Our
www.lesbelleslettres.com/livre/9782251448732/les-travaux-et-les-jours
remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep8.htm
On retrouve ça tout au long des siècles dans les comédies qui traduisent une pensée primaire : les vieux barbons qui se plaignent des nouvelles générations.
(Et les nouvelles générations deviennent, par la force des choses, des anciennes générations qui se plaignent des nouvelles nouvelles générations).
Un exemple : je connais personnellement une personne qui a étudié les conclusions des jurys du concours à l’entrée de l’Ecole spéciale militaire (St Cyr) créée en 1802 : toutes concluaient à partir de 1803 que le niveau des candidats baissaient.
Et? Ce fut le cas?