Des mesures anti-suicides qui font exploser le nombre de suicides

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Les mesures anti-suicide ont parfois l'effet inverse de celui attendu. Ainsi, les messages installés sur le pont de Mapo à Séoul en 2012 pour dissuader les gens de sauter, ont fait exploser le nombre de tentatives de suicide : celui-ci a été multiplié par plus de 6.

L’expérience a ainsi dû être arrêtée rapidement après le début de la campagne. Les messages, statues et autres aménagements censés apporter du réconfort et dissuader les suicidaires ont au contraire confirmé le statut « suicidaire » du lieu. Des solutions « physiques » sont aujourd’hui à l’étude.


Commentaires préférés (3)

C'étaient peut-être les messages qui étaient mal adaptés.

Pour ma part j'aurai écrit: "Soyez sympa, faites pas ça ici" avec une photo de l'agent municipal chargé de nettoyer.

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On pourrait croire que le suicide est une action purement personnelle. C'est ce qu'a voulu montrer Durkheim dans son ouvrage de 1897, "Le suicide", en étudiant la "tendance au suicide que montrent les statistiques" dans la société occidentale de la fin du 19ème siècle.

Il y remarque alors que le nombre de personnes qui décident de passer l'arme à gauche reste constant d'une année sur l'autre. Pour être très bref, il conclut alors que le suicide n'est pas un acte uniquement personnel mais constitue ce qu'il appelle "un fait social", c'est-à-dire un acte qui, bien que basé sur des choix personnels, reflète une tendance générale, sociétale.

Il y distingue alors 4 types de suicide :
--> Le suicide "égoïste" qui touche les personnes non ou mal intégrées aux autres ou à la société.
--> Le suicide "altruiste" qui touche les personnes trop intégrées aux autres ou à la société (suicide collectif par exemple)
--> Le suicide "anomique" qui touche des personnes qui n'arrivent pas à "s'autoréguler" dans leurs choix d'action (cf exemple plus bas).
--> Le suicide "fataliste" qui touche des personnes qui "s'autorégulent" de trop (comme des personnes anorexiques).

Si on prend l'exemple de l'étudiant de Science Po de Lyon qui s'est immolé par le feu en octobre 2019, on peut faire un parallèle entre l'oeuvre de Durkheim et celle de Weber. En effet, ce dernier évoque les différents types de domination exercée par un État sur sa population. L'une de ces formes s'appelle la "domination légale-rationelle" et considère que le langage bureaucratique, dénué de sentiments, empêche tout rapport humains avec elle et donc un décalage entre les valeurs humaines (basée sur la raison, certes, mais aussi et surtout les sentiments). C'est la forme de la société actuelle (administration basée sur la loi, les formulaires, la codification).

En bref, le suicide de l'étudiant en question (dénonçant la précarité étudiante et l'absence de compréhension de la part du CROUS) est certes, personnel, mais est le reflet de conditions générales : c'est un "fait social" puisque c'est l'incompréhension volontaire du CROUS qui l'a poussé à l'acte (domination légale-rationnelle + suicide anomique). Ça ne m'étonnerait pas qu'il y ait une "vague" de suicides chez les étudiants ou autres groupes se sentant "délaissé" en cette période de Covid.

Il y a eu une émission sur France Culture ("Les pieds sur Terre") ((et après, promis, j'arrête le pavé)) il y a plusieurs semaines, qui interviewait des maghrébins qui avaient tenté de s'immoler par le feu après la période des Printemps Arabes. Il en ressortait que, une fois qu'une personne a décidé d'agir, il y avait une vague de suicide par "effet de mode" pour suivre ce premier acte comme exemple de contestation (altruiste ou anomique à vous de voir).

Plus récemment que Durkheim, Matthieu Grossetête a écrit un ouvrage sur une sociologie de la mortalité routière (L'enracinement social de la mortalité routière, 2010) et conclut que cette dernière est un "fait social" dans le sens où plus on utilise la voiture, plus on a de chances d'avoir un accident. Sauf que celles et ceux qui utilisent le plus leur voiture sont issus des catégories sociales les plus basses (travail en ville - vie en périphérie // "migration pendulaire"). D'où l'inégalité de classe dans la sécurité routière.

Désolé si vous voyez ça comme un (trop long) commentaire HS, mais je trouvais ça intéressant de montrer que, bien qu'il y ait un "effet de mode" du suicide, comme le montre l'anecdote, il serait plus intéressant de s'intéresser aux causes du suicide que de "délocaliser" les endroits où les suicidés agiraient ...
D'autant plus que cette idée de "fait social" est retransmissible pour des sujets aussi joyeux que le suicide, la radicalisation, les choix musicaux, ...

a écrit : On pourrait croire que le suicide est une action purement personnelle. C'est ce qu'a voulu montrer Durkheim dans son ouvrage de 1897, "Le suicide", en étudiant la "tendance au suicide que montrent les statistiques" dans la société occidentale de la fin du 19ème siècle.

Il y re
marque alors que le nombre de personnes qui décident de passer l'arme à gauche reste constant d'une année sur l'autre. Pour être très bref, il conclut alors que le suicide n'est pas un acte uniquement personnel mais constitue ce qu'il appelle "un fait social", c'est-à-dire un acte qui, bien que basé sur des choix personnels, reflète une tendance générale, sociétale.

Il y distingue alors 4 types de suicide :
--> Le suicide "égoïste" qui touche les personnes non ou mal intégrées aux autres ou à la société.
--> Le suicide "altruiste" qui touche les personnes trop intégrées aux autres ou à la société (suicide collectif par exemple)
--> Le suicide "anomique" qui touche des personnes qui n'arrivent pas à "s'autoréguler" dans leurs choix d'action (cf exemple plus bas).
--> Le suicide "fataliste" qui touche des personnes qui "s'autorégulent" de trop (comme des personnes anorexiques).

Si on prend l'exemple de l'étudiant de Science Po de Lyon qui s'est immolé par le feu en octobre 2019, on peut faire un parallèle entre l'oeuvre de Durkheim et celle de Weber. En effet, ce dernier évoque les différents types de domination exercée par un État sur sa population. L'une de ces formes s'appelle la "domination légale-rationelle" et considère que le langage bureaucratique, dénué de sentiments, empêche tout rapport humains avec elle et donc un décalage entre les valeurs humaines (basée sur la raison, certes, mais aussi et surtout les sentiments). C'est la forme de la société actuelle (administration basée sur la loi, les formulaires, la codification).

En bref, le suicide de l'étudiant en question (dénonçant la précarité étudiante et l'absence de compréhension de la part du CROUS) est certes, personnel, mais est le reflet de conditions générales : c'est un "fait social" puisque c'est l'incompréhension volontaire du CROUS qui l'a poussé à l'acte (domination légale-rationnelle + suicide anomique). Ça ne m'étonnerait pas qu'il y ait une "vague" de suicides chez les étudiants ou autres groupes se sentant "délaissé" en cette période de Covid.

Il y a eu une émission sur France Culture ("Les pieds sur Terre") ((et après, promis, j'arrête le pavé)) il y a plusieurs semaines, qui interviewait des maghrébins qui avaient tenté de s'immoler par le feu après la période des Printemps Arabes. Il en ressortait que, une fois qu'une personne a décidé d'agir, il y avait une vague de suicide par "effet de mode" pour suivre ce premier acte comme exemple de contestation (altruiste ou anomique à vous de voir).

Plus récemment que Durkheim, Matthieu Grossetête a écrit un ouvrage sur une sociologie de la mortalité routière (L'enracinement social de la mortalité routière, 2010) et conclut que cette dernière est un "fait social" dans le sens où plus on utilise la voiture, plus on a de chances d'avoir un accident. Sauf que celles et ceux qui utilisent le plus leur voiture sont issus des catégories sociales les plus basses (travail en ville - vie en périphérie // "migration pendulaire"). D'où l'inégalité de classe dans la sécurité routière.

Désolé si vous voyez ça comme un (trop long) commentaire HS, mais je trouvais ça intéressant de montrer que, bien qu'il y ait un "effet de mode" du suicide, comme le montre l'anecdote, il serait plus intéressant de s'intéresser aux causes du suicide que de "délocaliser" les endroits où les suicidés agiraient ...
D'autant plus que cette idée de "fait social" est retransmissible pour des sujets aussi joyeux que le suicide, la radicalisation, les choix musicaux, ...
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Bien au contraire d'un pavé, ton commentaire est d'une qualité première, apportant sans aucun doute des informations vitales pour comprendre ce type de geste.

Une question-réflexion de ma part: est-ce que les Medias (TV, radio, journaux, Net, etc...) n'ont donc pas une part de responsabilité dans une vague de suicide, s'il s'agit d'un "effet de mode"?
Alors certes, taire le sujet ne fera pas disparaître un problème de Société. Cependant, il est à se demander si donner une information brute, sans apporter une possibilité de solution, (numéro de téléphone d'une association d'aide, par exemple), me semble plus une recherche d'audimat, qu'autre chose.


Tous les commentaires (42)

C’est la même chose que le fameux « Ne pensez pas à un éléphant rose ». On pense à un éléphant rose.

« Ne vous suicidez pas ici... »

Autre chose : quand j’essaie d’écrire le mot suicide avec mon iPhone, au bout de 3,4 lettres normalement il devrait m’afficher le mot en suggestion. Mais non. Pareil pour violeur, pedophile et d’autres pourtant se ne pas des insultes au sens strict du terme.

Après 2012 c’était la fin du monde. Il y a peut-être un lien. Il y a eu pas mal de suicides à cause de cette rumeur folle.

C'étaient peut-être les messages qui étaient mal adaptés.

Pour ma part j'aurai écrit: "Soyez sympa, faites pas ça ici" avec une photo de l'agent municipal chargé de nettoyer.

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Oui mais bon... On peut mettre des solutions "physiques" au suicide à cet endroit, mais il va se passer quoi ? Les suicidaires iront ailleurs ! Et on aura réglé quoi ? Comme le dit avec humour @safarseth, "les agents de nettoyage du lieu auront moins de boulot" :)
Sur le "fond" de l'anecdote et les effets négatifs ; j'imagine que de mettre cet écriteau a simplement fait penser aux vrais volontaires au suicide qui ne savaient pas trop comment faire, que, au fond, "c'est vrai que cet endroit est parfait"...

On pourrait croire que le suicide est une action purement personnelle. C'est ce qu'a voulu montrer Durkheim dans son ouvrage de 1897, "Le suicide", en étudiant la "tendance au suicide que montrent les statistiques" dans la société occidentale de la fin du 19ème siècle.

Il y remarque alors que le nombre de personnes qui décident de passer l'arme à gauche reste constant d'une année sur l'autre. Pour être très bref, il conclut alors que le suicide n'est pas un acte uniquement personnel mais constitue ce qu'il appelle "un fait social", c'est-à-dire un acte qui, bien que basé sur des choix personnels, reflète une tendance générale, sociétale.

Il y distingue alors 4 types de suicide :
--> Le suicide "égoïste" qui touche les personnes non ou mal intégrées aux autres ou à la société.
--> Le suicide "altruiste" qui touche les personnes trop intégrées aux autres ou à la société (suicide collectif par exemple)
--> Le suicide "anomique" qui touche des personnes qui n'arrivent pas à "s'autoréguler" dans leurs choix d'action (cf exemple plus bas).
--> Le suicide "fataliste" qui touche des personnes qui "s'autorégulent" de trop (comme des personnes anorexiques).

Si on prend l'exemple de l'étudiant de Science Po de Lyon qui s'est immolé par le feu en octobre 2019, on peut faire un parallèle entre l'oeuvre de Durkheim et celle de Weber. En effet, ce dernier évoque les différents types de domination exercée par un État sur sa population. L'une de ces formes s'appelle la "domination légale-rationelle" et considère que le langage bureaucratique, dénué de sentiments, empêche tout rapport humains avec elle et donc un décalage entre les valeurs humaines (basée sur la raison, certes, mais aussi et surtout les sentiments). C'est la forme de la société actuelle (administration basée sur la loi, les formulaires, la codification).

En bref, le suicide de l'étudiant en question (dénonçant la précarité étudiante et l'absence de compréhension de la part du CROUS) est certes, personnel, mais est le reflet de conditions générales : c'est un "fait social" puisque c'est l'incompréhension volontaire du CROUS qui l'a poussé à l'acte (domination légale-rationnelle + suicide anomique). Ça ne m'étonnerait pas qu'il y ait une "vague" de suicides chez les étudiants ou autres groupes se sentant "délaissé" en cette période de Covid.

Il y a eu une émission sur France Culture ("Les pieds sur Terre") ((et après, promis, j'arrête le pavé)) il y a plusieurs semaines, qui interviewait des maghrébins qui avaient tenté de s'immoler par le feu après la période des Printemps Arabes. Il en ressortait que, une fois qu'une personne a décidé d'agir, il y avait une vague de suicide par "effet de mode" pour suivre ce premier acte comme exemple de contestation (altruiste ou anomique à vous de voir).

Plus récemment que Durkheim, Matthieu Grossetête a écrit un ouvrage sur une sociologie de la mortalité routière (L'enracinement social de la mortalité routière, 2010) et conclut que cette dernière est un "fait social" dans le sens où plus on utilise la voiture, plus on a de chances d'avoir un accident. Sauf que celles et ceux qui utilisent le plus leur voiture sont issus des catégories sociales les plus basses (travail en ville - vie en périphérie // "migration pendulaire"). D'où l'inégalité de classe dans la sécurité routière.

Désolé si vous voyez ça comme un (trop long) commentaire HS, mais je trouvais ça intéressant de montrer que, bien qu'il y ait un "effet de mode" du suicide, comme le montre l'anecdote, il serait plus intéressant de s'intéresser aux causes du suicide que de "délocaliser" les endroits où les suicidés agiraient ...
D'autant plus que cette idée de "fait social" est retransmissible pour des sujets aussi joyeux que le suicide, la radicalisation, les choix musicaux, ...

C'est bizarre, une anecdote sur le même sujet datant de 2013 indique que ce fut un succès avec une baisse du taux de suicide de 80%.
L'effet fut très court alors.

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a écrit : C'étaient peut-être les messages qui étaient mal adaptés.

Pour ma part j'aurai écrit: "Soyez sympa, faites pas ça ici" avec une photo de l'agent municipal chargé de nettoyer.
Je me demande ce que l'agent de nettoyage peut bien avoir à nettoyer, quand quelqu'un s'est jeté à l'eau.
Des éclaboussures ? Vu le pont, ça m'étonnerait...

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France Telecom avait trouvé LA solution pour arreter les suicides au bureau en se jetant par la fenêtre : mettre des barreaux partout.

Du coup les locaux ressemblent à une prison et sont super déprimants. Mais plus de suicide au bureau : non ca a lieu à la maison en famille.

France telecom : une entreprise proche de ses employés.

(Oui bon cest vieux France telecom mais cette gestion est proche des solutions "physiques" de ce pont)

a écrit : On pourrait croire que le suicide est une action purement personnelle. C'est ce qu'a voulu montrer Durkheim dans son ouvrage de 1897, "Le suicide", en étudiant la "tendance au suicide que montrent les statistiques" dans la société occidentale de la fin du 19ème siècle.

Il y re
marque alors que le nombre de personnes qui décident de passer l'arme à gauche reste constant d'une année sur l'autre. Pour être très bref, il conclut alors que le suicide n'est pas un acte uniquement personnel mais constitue ce qu'il appelle "un fait social", c'est-à-dire un acte qui, bien que basé sur des choix personnels, reflète une tendance générale, sociétale.

Il y distingue alors 4 types de suicide :
--> Le suicide "égoïste" qui touche les personnes non ou mal intégrées aux autres ou à la société.
--> Le suicide "altruiste" qui touche les personnes trop intégrées aux autres ou à la société (suicide collectif par exemple)
--> Le suicide "anomique" qui touche des personnes qui n'arrivent pas à "s'autoréguler" dans leurs choix d'action (cf exemple plus bas).
--> Le suicide "fataliste" qui touche des personnes qui "s'autorégulent" de trop (comme des personnes anorexiques).

Si on prend l'exemple de l'étudiant de Science Po de Lyon qui s'est immolé par le feu en octobre 2019, on peut faire un parallèle entre l'oeuvre de Durkheim et celle de Weber. En effet, ce dernier évoque les différents types de domination exercée par un État sur sa population. L'une de ces formes s'appelle la "domination légale-rationelle" et considère que le langage bureaucratique, dénué de sentiments, empêche tout rapport humains avec elle et donc un décalage entre les valeurs humaines (basée sur la raison, certes, mais aussi et surtout les sentiments). C'est la forme de la société actuelle (administration basée sur la loi, les formulaires, la codification).

En bref, le suicide de l'étudiant en question (dénonçant la précarité étudiante et l'absence de compréhension de la part du CROUS) est certes, personnel, mais est le reflet de conditions générales : c'est un "fait social" puisque c'est l'incompréhension volontaire du CROUS qui l'a poussé à l'acte (domination légale-rationnelle + suicide anomique). Ça ne m'étonnerait pas qu'il y ait une "vague" de suicides chez les étudiants ou autres groupes se sentant "délaissé" en cette période de Covid.

Il y a eu une émission sur France Culture ("Les pieds sur Terre") ((et après, promis, j'arrête le pavé)) il y a plusieurs semaines, qui interviewait des maghrébins qui avaient tenté de s'immoler par le feu après la période des Printemps Arabes. Il en ressortait que, une fois qu'une personne a décidé d'agir, il y avait une vague de suicide par "effet de mode" pour suivre ce premier acte comme exemple de contestation (altruiste ou anomique à vous de voir).

Plus récemment que Durkheim, Matthieu Grossetête a écrit un ouvrage sur une sociologie de la mortalité routière (L'enracinement social de la mortalité routière, 2010) et conclut que cette dernière est un "fait social" dans le sens où plus on utilise la voiture, plus on a de chances d'avoir un accident. Sauf que celles et ceux qui utilisent le plus leur voiture sont issus des catégories sociales les plus basses (travail en ville - vie en périphérie // "migration pendulaire"). D'où l'inégalité de classe dans la sécurité routière.

Désolé si vous voyez ça comme un (trop long) commentaire HS, mais je trouvais ça intéressant de montrer que, bien qu'il y ait un "effet de mode" du suicide, comme le montre l'anecdote, il serait plus intéressant de s'intéresser aux causes du suicide que de "délocaliser" les endroits où les suicidés agiraient ...
D'autant plus que cette idée de "fait social" est retransmissible pour des sujets aussi joyeux que le suicide, la radicalisation, les choix musicaux, ...
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Bien au contraire d'un pavé, ton commentaire est d'une qualité première, apportant sans aucun doute des informations vitales pour comprendre ce type de geste.

Une question-réflexion de ma part: est-ce que les Medias (TV, radio, journaux, Net, etc...) n'ont donc pas une part de responsabilité dans une vague de suicide, s'il s'agit d'un "effet de mode"?
Alors certes, taire le sujet ne fera pas disparaître un problème de Société. Cependant, il est à se demander si donner une information brute, sans apporter une possibilité de solution, (numéro de téléphone d'une association d'aide, par exemple), me semble plus une recherche d'audimat, qu'autre chose.

a écrit : France Telecom avait trouvé LA solution pour arreter les suicides au bureau en se jetant par la fenêtre : mettre des barreaux partout.

Du coup les locaux ressemblent à une prison et sont super déprimants. Mais plus de suicide au bureau : non ca a lieu à la maison en famille.

France telec
om : une entreprise proche de ses employés.

(Oui bon cest vieux France telecom mais cette gestion est proche des solutions "physiques" de ce pont)
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Raspa : il existe un classement des entreprises les plus appréciées par les salariés.
Je te laisse qui est classe 15eme, un indice c’est une couleur.

Pour certaines entreprises je ne suis absolument pas surpris mais d’autres je ne les aurai pas vu dans un tel classement.

a écrit : On pourrait croire que le suicide est une action purement personnelle. C'est ce qu'a voulu montrer Durkheim dans son ouvrage de 1897, "Le suicide", en étudiant la "tendance au suicide que montrent les statistiques" dans la société occidentale de la fin du 19ème siècle.

Il y re
marque alors que le nombre de personnes qui décident de passer l'arme à gauche reste constant d'une année sur l'autre. Pour être très bref, il conclut alors que le suicide n'est pas un acte uniquement personnel mais constitue ce qu'il appelle "un fait social", c'est-à-dire un acte qui, bien que basé sur des choix personnels, reflète une tendance générale, sociétale.

Il y distingue alors 4 types de suicide :
--> Le suicide "égoïste" qui touche les personnes non ou mal intégrées aux autres ou à la société.
--> Le suicide "altruiste" qui touche les personnes trop intégrées aux autres ou à la société (suicide collectif par exemple)
--> Le suicide "anomique" qui touche des personnes qui n'arrivent pas à "s'autoréguler" dans leurs choix d'action (cf exemple plus bas).
--> Le suicide "fataliste" qui touche des personnes qui "s'autorégulent" de trop (comme des personnes anorexiques).

Si on prend l'exemple de l'étudiant de Science Po de Lyon qui s'est immolé par le feu en octobre 2019, on peut faire un parallèle entre l'oeuvre de Durkheim et celle de Weber. En effet, ce dernier évoque les différents types de domination exercée par un État sur sa population. L'une de ces formes s'appelle la "domination légale-rationelle" et considère que le langage bureaucratique, dénué de sentiments, empêche tout rapport humains avec elle et donc un décalage entre les valeurs humaines (basée sur la raison, certes, mais aussi et surtout les sentiments). C'est la forme de la société actuelle (administration basée sur la loi, les formulaires, la codification).

En bref, le suicide de l'étudiant en question (dénonçant la précarité étudiante et l'absence de compréhension de la part du CROUS) est certes, personnel, mais est le reflet de conditions générales : c'est un "fait social" puisque c'est l'incompréhension volontaire du CROUS qui l'a poussé à l'acte (domination légale-rationnelle + suicide anomique). Ça ne m'étonnerait pas qu'il y ait une "vague" de suicides chez les étudiants ou autres groupes se sentant "délaissé" en cette période de Covid.

Il y a eu une émission sur France Culture ("Les pieds sur Terre") ((et après, promis, j'arrête le pavé)) il y a plusieurs semaines, qui interviewait des maghrébins qui avaient tenté de s'immoler par le feu après la période des Printemps Arabes. Il en ressortait que, une fois qu'une personne a décidé d'agir, il y avait une vague de suicide par "effet de mode" pour suivre ce premier acte comme exemple de contestation (altruiste ou anomique à vous de voir).

Plus récemment que Durkheim, Matthieu Grossetête a écrit un ouvrage sur une sociologie de la mortalité routière (L'enracinement social de la mortalité routière, 2010) et conclut que cette dernière est un "fait social" dans le sens où plus on utilise la voiture, plus on a de chances d'avoir un accident. Sauf que celles et ceux qui utilisent le plus leur voiture sont issus des catégories sociales les plus basses (travail en ville - vie en périphérie // "migration pendulaire"). D'où l'inégalité de classe dans la sécurité routière.

Désolé si vous voyez ça comme un (trop long) commentaire HS, mais je trouvais ça intéressant de montrer que, bien qu'il y ait un "effet de mode" du suicide, comme le montre l'anecdote, il serait plus intéressant de s'intéresser aux causes du suicide que de "délocaliser" les endroits où les suicidés agiraient ...
D'autant plus que cette idée de "fait social" est retransmissible pour des sujets aussi joyeux que le suicide, la radicalisation, les choix musicaux, ...
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Merci beaucoup pour ton commentaire éclairé ! C’est précieux à lire

a écrit : Bien au contraire d'un pavé, ton commentaire est d'une qualité première, apportant sans aucun doute des informations vitales pour comprendre ce type de geste.

Une question-réflexion de ma part: est-ce que les Medias (TV, radio, journaux, Net, etc...) n'ont donc pas une part de responsabili
té dans une vague de suicide, s'il s'agit d'un "effet de mode"?
Alors certes, taire le sujet ne fera pas disparaître un problème de Société. Cependant, il est à se demander si donner une information brute, sans apporter une possibilité de solution, (numéro de téléphone d'une association d'aide, par exemple), me semble plus une recherche d'audimat, qu'autre chose.
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Merci pour ton compliment sur mon commentaire !
Pour "répondre" à ta question, je ne pense pas que les médias aient un rôle d'accélérateur de cette tendance.
Si on reprend l'émission "Les pieds sur Terre" que j'ai évoqué comme exemple, on s'aperçoit que la première personne qui s'est immolé par le feu devant une institution (je crois un poste de police) a fait l'objet d'une surmédiatisation, et qu'après cette médiatisation il y a effectivement eu une augmentation du nombre de cas similaires dans le pays.
Cependant, il semblerait (et c'est la conclusion de l'émission) que la reproduction de cette forme de suicide (immolation par le feu devant une institution nationale) tend à mettre en avant non pas les raisons personnelles d'un tel acte (mal être ou volonté d'être connu) mais plutôt les raisons sociétales qui les y ont poussés :
Un homme s'immole par le feu devant un commissariat et laisse une lettre explicative dénonçant les bavures du système --> médiatisation de la cause --> reproduction --> modification de ces bavures --> fin de la chaîne de suicide.

Je ne sais pas si c'est très clair, mais en résumé la médiatisation d'un acte de suicide engendre plus une concrétisation de l'acte (lieu + manière) que le passage à l'acte en tant que tel. C'est ce que Charles TILLY appelle un "répertoire d'action collective" : une manière d'agir à sa façon pour se politiser/socialiser au sein d'un groupe (le "groupe" ici représentant les suicidés précédents).


Edit : Voici le lien de l'émission. Et pour continuer sur cette pensée, on voit que l'émission est introduite sur le site par "L'histoire se répète et la colère gronde toujours". Si l'histoire se répète c'est que les causes (sociétales) qui poussent au suicide ne sont toujours pas résolues et que s'immoler par le feu représente la '''''solution''''', perçue comme l'une des manières adéquates pour faire changer les choses avec ses armes.

www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/sidi-bouzid-10-ans-apres-le-feu-de-la-colere

a écrit : Merci pour ton compliment sur mon commentaire !
Pour "répondre" à ta question, je ne pense pas que les médias aient un rôle d'accélérateur de cette tendance.
Si on reprend l'émission "Les pieds sur Terre" que j'ai évoqué comme exemple, on s'aperçoit que la première
personne qui s'est immolé par le feu devant une institution (je crois un poste de police) a fait l'objet d'une surmédiatisation, et qu'après cette médiatisation il y a effectivement eu une augmentation du nombre de cas similaires dans le pays.
Cependant, il semblerait (et c'est la conclusion de l'émission) que la reproduction de cette forme de suicide (immolation par le feu devant une institution nationale) tend à mettre en avant non pas les raisons personnelles d'un tel acte (mal être ou volonté d'être connu) mais plutôt les raisons sociétales qui les y ont poussés :
Un homme s'immole par le feu devant un commissariat et laisse une lettre explicative dénonçant les bavures du système --> médiatisation de la cause --> reproduction --> modification de ces bavures --> fin de la chaîne de suicide.

Je ne sais pas si c'est très clair, mais en résumé la médiatisation d'un acte de suicide engendre plus une concrétisation de l'acte (lieu + manière) que le passage à l'acte en tant que tel. C'est ce que Charles TILLY appelle un "répertoire d'action collective" : une manière d'agir à sa façon pour se politiser/socialiser au sein d'un groupe (le "groupe" ici représentant les suicidés précédents).


Edit : Voici le lien de l'émission. Et pour continuer sur cette pensée, on voit que l'émission est introduite sur le site par "L'histoire se répète et la colère gronde toujours". Si l'histoire se répète c'est que les causes (sociétales) qui poussent au suicide ne sont toujours pas résolues et que s'immoler par le feu représente la '''''solution''''', perçue comme l'une des manières adéquates pour faire changer les choses avec ses armes.

www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/sidi-bouzid-10-ans-apres-le-feu-de-la-colere
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Je ne suis, visiblement, pas le seul à avoir apprécié ton commentaire.
Le nombre de pouces en haut le montre clairement.

Pour revenir sur le sujet: tu as très bien expliqué, avec justesse, que de parler du problème dans les Médias, a contraint les responsables de cette bavure à prendre note et rectifier.
Néanmoins, quels pourraient être les mesures à prendre en amont, en prévention de telle issue fatale ?

a écrit : C'étaient peut-être les messages qui étaient mal adaptés.

Pour ma part j'aurai écrit: "Soyez sympa, faites pas ça ici" avec une photo de l'agent municipal chargé de nettoyer.
En fait, le plus rationnel serait de mettre en place des suicidodromes, offrant au public l'accès à des gibets, armes à feu et divers poisons, dans de petits box autonettoyants...

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a écrit : Je ne suis, visiblement, pas le seul à avoir apprécié ton commentaire.
Le nombre de pouces en haut le montre clairement.

Pour revenir sur le sujet: tu as très bien expliqué, avec justesse, que de parler du problème dans les Médias, a contraint les responsables de cette bavure à prendre note et rec
tifier.
Néanmoins, quels pourraient être les mesures à prendre en amont, en prévention de telle issue fatale ?
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La vraie question serait plutôt: existe-t-il une solution?

Ce qu'a montré Durkheim, et ce qui est plus ou moins admis, c'est que la culture du suicide existe, a existé et existera dans toutes civilisations.
On a tous déjà entendu parler par exemple de généraux romains qui se sont donné la mort après avoir perdu une bataille et ça il y a 2000 ans.

Mais attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dis, ce n'est pas parce que c'est un fait qui existe nécessairement qu'il faut le désavouer et refuser de s'y intéresser.
La meilleure manière de trouver une solution à un problème est encore de comprendre le problème! Du coup, essayons peut-être de comprendre pourquoi une personne s'est suicidé (ou pourquoi une personne s'est radicalisée ou pourquoi une personne en a tué une autre ou ....) pour essayer de se remettre en question et changer la situation.

Par exemple, si la lycéenne transsexuelle de Lille s'est donné la mort c'est que nous ne sommes pas assez ouverts pour accepter les différences de genre (le "nous" est sociétal bien sûr).

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a écrit : En fait, le plus rationnel serait de mettre en place des suicidodromes, offrant au public l'accès à des gibets, armes à feu et divers poisons, dans de petits box autonettoyants... mouais ... et aux frais de qui ?
encore avec nos impôts !!!! C'est NON !
c'est pourtant pas compliqué : yaka l'interdire !
et si des voyous essaient quand même, hop, peine de mort !
comme ça ils recommenceront pas !

a écrit : Raspa : il existe un classement des entreprises les plus appréciées par les salariés.
Je te laisse qui est classe 15eme, un indice c’est une couleur.

Pour certaines entreprises je ne suis absolument pas surpris mais d’autres je ne les aurai pas vu dans un tel classement.
Entre France telecom et Orange il y a eu du changement et heureusement. Mais cest vrai que ce classement m'étonne. Il faudrait voir les critères aussi.

a écrit : Je ne suis, visiblement, pas le seul à avoir apprécié ton commentaire.
Le nombre de pouces en haut le montre clairement.

Pour revenir sur le sujet: tu as très bien expliqué, avec justesse, que de parler du problème dans les Médias, a contraint les responsables de cette bavure à prendre note et rec
tifier.
Néanmoins, quels pourraient être les mesures à prendre en amont, en prévention de telle issue fatale ?
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Pour compléter mon commentaire précédant et vous donner une piste supplémentaire de réflexion sur des éventuelles solutions, je me permettrai de rajouter qu'il existe ce qu'on pourrait appeler un 'taux de suicide résiduel'. C'est à dire des personnes qui se donnent la mort sans qu'on puisse y faire quoi que ce soit.

En effet, si un homme se donne la mort parce que sa femme l'a quitté, vous et moi n'y sommes pour rien.

Par contre, si une lycéenne se tue parce qu'elle subit des violences transphobes dans son lycée par ses camarades et la direction, vous et moi sommes responsables.

Donc en 'solution' on peut parler de prise de conscience générale vis à vis d'un sujet particulier pour éviter les suicides.

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a écrit : On pourrait croire que le suicide est une action purement personnelle. C'est ce qu'a voulu montrer Durkheim dans son ouvrage de 1897, "Le suicide", en étudiant la "tendance au suicide que montrent les statistiques" dans la société occidentale de la fin du 19ème siècle.

Il y re
marque alors que le nombre de personnes qui décident de passer l'arme à gauche reste constant d'une année sur l'autre. Pour être très bref, il conclut alors que le suicide n'est pas un acte uniquement personnel mais constitue ce qu'il appelle "un fait social", c'est-à-dire un acte qui, bien que basé sur des choix personnels, reflète une tendance générale, sociétale.

Il y distingue alors 4 types de suicide :
--> Le suicide "égoïste" qui touche les personnes non ou mal intégrées aux autres ou à la société.
--> Le suicide "altruiste" qui touche les personnes trop intégrées aux autres ou à la société (suicide collectif par exemple)
--> Le suicide "anomique" qui touche des personnes qui n'arrivent pas à "s'autoréguler" dans leurs choix d'action (cf exemple plus bas).
--> Le suicide "fataliste" qui touche des personnes qui "s'autorégulent" de trop (comme des personnes anorexiques).

Si on prend l'exemple de l'étudiant de Science Po de Lyon qui s'est immolé par le feu en octobre 2019, on peut faire un parallèle entre l'oeuvre de Durkheim et celle de Weber. En effet, ce dernier évoque les différents types de domination exercée par un État sur sa population. L'une de ces formes s'appelle la "domination légale-rationelle" et considère que le langage bureaucratique, dénué de sentiments, empêche tout rapport humains avec elle et donc un décalage entre les valeurs humaines (basée sur la raison, certes, mais aussi et surtout les sentiments). C'est la forme de la société actuelle (administration basée sur la loi, les formulaires, la codification).

En bref, le suicide de l'étudiant en question (dénonçant la précarité étudiante et l'absence de compréhension de la part du CROUS) est certes, personnel, mais est le reflet de conditions générales : c'est un "fait social" puisque c'est l'incompréhension volontaire du CROUS qui l'a poussé à l'acte (domination légale-rationnelle + suicide anomique). Ça ne m'étonnerait pas qu'il y ait une "vague" de suicides chez les étudiants ou autres groupes se sentant "délaissé" en cette période de Covid.

Il y a eu une émission sur France Culture ("Les pieds sur Terre") ((et après, promis, j'arrête le pavé)) il y a plusieurs semaines, qui interviewait des maghrébins qui avaient tenté de s'immoler par le feu après la période des Printemps Arabes. Il en ressortait que, une fois qu'une personne a décidé d'agir, il y avait une vague de suicide par "effet de mode" pour suivre ce premier acte comme exemple de contestation (altruiste ou anomique à vous de voir).

Plus récemment que Durkheim, Matthieu Grossetête a écrit un ouvrage sur une sociologie de la mortalité routière (L'enracinement social de la mortalité routière, 2010) et conclut que cette dernière est un "fait social" dans le sens où plus on utilise la voiture, plus on a de chances d'avoir un accident. Sauf que celles et ceux qui utilisent le plus leur voiture sont issus des catégories sociales les plus basses (travail en ville - vie en périphérie // "migration pendulaire"). D'où l'inégalité de classe dans la sécurité routière.

Désolé si vous voyez ça comme un (trop long) commentaire HS, mais je trouvais ça intéressant de montrer que, bien qu'il y ait un "effet de mode" du suicide, comme le montre l'anecdote, il serait plus intéressant de s'intéresser aux causes du suicide que de "délocaliser" les endroits où les suicidés agiraient ...
D'autant plus que cette idée de "fait social" est retransmissible pour des sujets aussi joyeux que le suicide, la radicalisation, les choix musicaux, ...
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Ou alors juste on met en place des cabines à suicide, comme dans Futurama

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a écrit : On pourrait croire que le suicide est une action purement personnelle. C'est ce qu'a voulu montrer Durkheim dans son ouvrage de 1897, "Le suicide", en étudiant la "tendance au suicide que montrent les statistiques" dans la société occidentale de la fin du 19ème siècle.

Il y re
marque alors que le nombre de personnes qui décident de passer l'arme à gauche reste constant d'une année sur l'autre. Pour être très bref, il conclut alors que le suicide n'est pas un acte uniquement personnel mais constitue ce qu'il appelle "un fait social", c'est-à-dire un acte qui, bien que basé sur des choix personnels, reflète une tendance générale, sociétale.

Il y distingue alors 4 types de suicide :
--> Le suicide "égoïste" qui touche les personnes non ou mal intégrées aux autres ou à la société.
--> Le suicide "altruiste" qui touche les personnes trop intégrées aux autres ou à la société (suicide collectif par exemple)
--> Le suicide "anomique" qui touche des personnes qui n'arrivent pas à "s'autoréguler" dans leurs choix d'action (cf exemple plus bas).
--> Le suicide "fataliste" qui touche des personnes qui "s'autorégulent" de trop (comme des personnes anorexiques).

Si on prend l'exemple de l'étudiant de Science Po de Lyon qui s'est immolé par le feu en octobre 2019, on peut faire un parallèle entre l'oeuvre de Durkheim et celle de Weber. En effet, ce dernier évoque les différents types de domination exercée par un État sur sa population. L'une de ces formes s'appelle la "domination légale-rationelle" et considère que le langage bureaucratique, dénué de sentiments, empêche tout rapport humains avec elle et donc un décalage entre les valeurs humaines (basée sur la raison, certes, mais aussi et surtout les sentiments). C'est la forme de la société actuelle (administration basée sur la loi, les formulaires, la codification).

En bref, le suicide de l'étudiant en question (dénonçant la précarité étudiante et l'absence de compréhension de la part du CROUS) est certes, personnel, mais est le reflet de conditions générales : c'est un "fait social" puisque c'est l'incompréhension volontaire du CROUS qui l'a poussé à l'acte (domination légale-rationnelle + suicide anomique). Ça ne m'étonnerait pas qu'il y ait une "vague" de suicides chez les étudiants ou autres groupes se sentant "délaissé" en cette période de Covid.

Il y a eu une émission sur France Culture ("Les pieds sur Terre") ((et après, promis, j'arrête le pavé)) il y a plusieurs semaines, qui interviewait des maghrébins qui avaient tenté de s'immoler par le feu après la période des Printemps Arabes. Il en ressortait que, une fois qu'une personne a décidé d'agir, il y avait une vague de suicide par "effet de mode" pour suivre ce premier acte comme exemple de contestation (altruiste ou anomique à vous de voir).

Plus récemment que Durkheim, Matthieu Grossetête a écrit un ouvrage sur une sociologie de la mortalité routière (L'enracinement social de la mortalité routière, 2010) et conclut que cette dernière est un "fait social" dans le sens où plus on utilise la voiture, plus on a de chances d'avoir un accident. Sauf que celles et ceux qui utilisent le plus leur voiture sont issus des catégories sociales les plus basses (travail en ville - vie en périphérie // "migration pendulaire"). D'où l'inégalité de classe dans la sécurité routière.

Désolé si vous voyez ça comme un (trop long) commentaire HS, mais je trouvais ça intéressant de montrer que, bien qu'il y ait un "effet de mode" du suicide, comme le montre l'anecdote, il serait plus intéressant de s'intéresser aux causes du suicide que de "délocaliser" les endroits où les suicidés agiraient ...
D'autant plus que cette idée de "fait social" est retransmissible pour des sujets aussi joyeux que le suicide, la radicalisation, les choix musicaux, ...
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Super ton commentaire, très intéressant. Merci !

a écrit : On pourrait croire que le suicide est une action purement personnelle. C'est ce qu'a voulu montrer Durkheim dans son ouvrage de 1897, "Le suicide", en étudiant la "tendance au suicide que montrent les statistiques" dans la société occidentale de la fin du 19ème siècle.

Il y re
marque alors que le nombre de personnes qui décident de passer l'arme à gauche reste constant d'une année sur l'autre. Pour être très bref, il conclut alors que le suicide n'est pas un acte uniquement personnel mais constitue ce qu'il appelle "un fait social", c'est-à-dire un acte qui, bien que basé sur des choix personnels, reflète une tendance générale, sociétale.

Il y distingue alors 4 types de suicide :
--> Le suicide "égoïste" qui touche les personnes non ou mal intégrées aux autres ou à la société.
--> Le suicide "altruiste" qui touche les personnes trop intégrées aux autres ou à la société (suicide collectif par exemple)
--> Le suicide "anomique" qui touche des personnes qui n'arrivent pas à "s'autoréguler" dans leurs choix d'action (cf exemple plus bas).
--> Le suicide "fataliste" qui touche des personnes qui "s'autorégulent" de trop (comme des personnes anorexiques).

Si on prend l'exemple de l'étudiant de Science Po de Lyon qui s'est immolé par le feu en octobre 2019, on peut faire un parallèle entre l'oeuvre de Durkheim et celle de Weber. En effet, ce dernier évoque les différents types de domination exercée par un État sur sa population. L'une de ces formes s'appelle la "domination légale-rationelle" et considère que le langage bureaucratique, dénué de sentiments, empêche tout rapport humains avec elle et donc un décalage entre les valeurs humaines (basée sur la raison, certes, mais aussi et surtout les sentiments). C'est la forme de la société actuelle (administration basée sur la loi, les formulaires, la codification).

En bref, le suicide de l'étudiant en question (dénonçant la précarité étudiante et l'absence de compréhension de la part du CROUS) est certes, personnel, mais est le reflet de conditions générales : c'est un "fait social" puisque c'est l'incompréhension volontaire du CROUS qui l'a poussé à l'acte (domination légale-rationnelle + suicide anomique). Ça ne m'étonnerait pas qu'il y ait une "vague" de suicides chez les étudiants ou autres groupes se sentant "délaissé" en cette période de Covid.

Il y a eu une émission sur France Culture ("Les pieds sur Terre") ((et après, promis, j'arrête le pavé)) il y a plusieurs semaines, qui interviewait des maghrébins qui avaient tenté de s'immoler par le feu après la période des Printemps Arabes. Il en ressortait que, une fois qu'une personne a décidé d'agir, il y avait une vague de suicide par "effet de mode" pour suivre ce premier acte comme exemple de contestation (altruiste ou anomique à vous de voir).

Plus récemment que Durkheim, Matthieu Grossetête a écrit un ouvrage sur une sociologie de la mortalité routière (L'enracinement social de la mortalité routière, 2010) et conclut que cette dernière est un "fait social" dans le sens où plus on utilise la voiture, plus on a de chances d'avoir un accident. Sauf que celles et ceux qui utilisent le plus leur voiture sont issus des catégories sociales les plus basses (travail en ville - vie en périphérie // "migration pendulaire"). D'où l'inégalité de classe dans la sécurité routière.

Désolé si vous voyez ça comme un (trop long) commentaire HS, mais je trouvais ça intéressant de montrer que, bien qu'il y ait un "effet de mode" du suicide, comme le montre l'anecdote, il serait plus intéressant de s'intéresser aux causes du suicide que de "délocaliser" les endroits où les suicidés agiraient ...
D'autant plus que cette idée de "fait social" est retransmissible pour des sujets aussi joyeux que le suicide, la radicalisation, les choix musicaux, ...
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Super commentaire. Simple et précis. Et c est jamais trop long même en HS tant que c est intéressant .
Peux tu juste préciser un peu plus ton avant dernier paragraphe concernant Mathieu Grossetête stp. Je ne saisis pas parfaitement le lien avec les suicides. Je suis moniteur d auto ecole et oui c est dans la logique des choses que ce soit les classe "basses" qui meurent le plus, mais ça signifie que concernant les suicides c est pareil ?
Souvent j ai entendu dire ( je n est pas de factuel à proposer désolé), que plus on montait dans les niveaux sociales , plus les gens avaient tendance à être dépressif, est ce que le lien avec les suicides peut être fait , et surtout est ce que le niveau social conditionne le taux de suicide ?..

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